Ce spectacle est un véritable régal – et pas seulement pour les enfants! A tout âge, le conte de la Belle au Bois Dormant continue d'exercer sa magie. Le texte en est restitué ici de façon la plus vivante. Et que dire du commentaire musical qui l'accompagne!
Les choses se passent tout à fait comme si on avait demandé à un compositeur d'écrire une musique de scène spécialement pour cette occasion. La transcription – pour deux flûtes, un violoncelle et un piano – des différentes oeuvres de Ravel est tellement adroite que ces extraits semblent avoir été originalement écrits pour cette formation. C'est à s'y méprendre!
De plus, le choix de chaque fragment intervient merveilleusement bien en situation, donnant au déroulement de l'histoire une dimension poétique d'un bonheur constant. On se laisse aller à rêver...
Une chose est sûre: Maurice Ravel aurait beaucoup aimé!
JEAN PERISSON
Directeur musical de l'Opéra de Nice . Chef permanent de l'Opéra de Paris . Grand prix international du disque de l'Académie Charles Cros 1983
Pour en apprécier les valeurs , Malraux recommandait de regarder les tableaux à l' envers. De même la musique la plus vivante, abordée hors normes, peut prendre un pouvoir singulier. Un lecteur de CD permet d' écouter les Etudes de Chopin en désordre et les surprises sont là pour intensifier encore notre vénération. À sa façon, nous présentant Ravel au bois dormant, l'ensemble Callisto se risque, à son tour, à prendre “le ciel en travers”. Et, soudain, quel bonheur de surprendre tant de motifs familiers se faufilant entre les épisodes d'un salmigondis féerique qu'on rougit de n'avoir pas composé soi-même ! Au passage, le piano se travestit en flûte et le violon dépouille la clarinette. On n'est pas plus frivole ni plus grâve : la musique n'y perd pas son sens mais, au contraire, va caresser d'autres perspectives, changer de signification... Trouble délicieux - et pourquoi pas ? Ces polysémies thématiques feront sourire et tant de suggestions imprévues nous émeuvent. Conquis et frémissants, comment ne pas repenser à Manuel Rosenthal dénonçant les tenants d'un compositeur précieux et squelettique : Ravel, c'est la tendresse. Et puis Strawinsky, envoyant paître les puristes : vous respectez, moi j'aime.
MARCEL MARNAT
Secrétaire général de la fondation RAVEL . Responsable des programmes de France Musique . Prix de la critique musicale et de l'Académie des Beaux-Arts
|